[Concours B&B] Menestrel

ORIGINARI CONFLICTUUM BRAKMARIS BONTAEQUE
Des origines du conflit entre Bonta et Brakmar

L'histoire ici transcrite conte les origines du conflit meurtrier qui embrase aujourd'hui les cités jumelles de Bonta et Brakmar.

Ce n'est peut-être pas la véritable histoire et quantité d'autres existent; en revanche, personne n'a encore réussi à prouver qu'elle n'était qu'invention -ce qui n'arrange pas tout le monde.

C'est en tout cas une histoire peu commune, une histoire de prince et de princesse, une histoire d'amour. Mais elle finit bien. Enfin, d'un certain point de vue, qui n'est bien sûr pas celui du Bontarien torturé dans les cachots de Brakmar, ni celui du Brakmaris suspendu par le figuin au-dessus de la Porte Blanche.

Rappelons, afin d'éviter toute interprétation erronée, que le figuin est un petit pain fourré aux raisins secs. Évidemment, ça rend certaines choses un peu moins claires...

L'Histoire devrait prendre modèle sur les contes, sur les histoires, dont la minuscule est compensée par un pluriel avantageux. Pour un misérable fragment d'Histoire, combien d'histoires ont pu être inventées?

Les histoires ont aussi l'avantage d'obéir à des règles précises. L'Histoire devrait obéir à des règles précises.

Par exemple, ç'aurait dû être une blanche et pure princesse Bontarienne, dont le chant mélodieux se serait mêlé le soir aux doux sons de la harpe au-dessus de la ville endormie, et non un dauphin tellement calme qu'il aurait pu se faire passer pour mort s'il ne soupirait pas autant.

Ç'aurait dû être un prince sombre et ténébreux de Brakmar dont les exploits ne se comptaient même plus, sauf au coin du feu et à deux lettres près. Mais c'était une princesse qui, si elle pouvait passer pour ténébreuse sous l'éclairage adéquat, n'était sous tous les autres qu'une jeune fille outrageusement maquillée aux cheveux bruns filasses.

Ç'aurait dû être un amour impossible, fait de rendez-vous secrets aux clairs de lune, de billets échangés grâce à la complicité bienveillante d'une vielle nourrice. Mais, à vrai dire, cet amour impossible était plutôt intéressant sur le plan politique, et les deux jeunes gens étaient poussés doucement l'un vers l'autre, à coups d'allusions discrètes et de rencontres fortuites arrangées.

L'histoire, ou plutôt l'Histoire, aurait pu s'arrêter là s'il n'existait pas bel et bien un problème. Un problème très simple, en fait. Ils ne s'aimaient pas. Non pas qu'ils se détestaient, mais la perspective de passer leur vie entière l'un auprès de l'autre ne leur paraissait pas particulièrement enviable, au grand dam de leurs familles respectives.

Comme quoi, le Destin, malgré son inexorabilité latente, sait parfois être quelqu'un de bien fendard.

***

Le prince Toipaleuy se redressa à moitié sur sa couche et balaya la chambre du regard, ce qui était d'ailleurs la seule tâche ménagère qu'il n'eût jamais effectuée. La pièce était vide, à moins de prendre en compte les deux valets qui se fondaient dans le décor et faisaient, pour ainsi dire, partie du mobilier.

Le jeune ecaflip bailla. Il mourrait d'ennui.

La famille Surlezenni dirigeait Bonta depuis maintenant un certain temps et le gouverneur -son père- était aimé de ses concitoyens. Il serait certainement plus juste de dire qu'il n'était pas détesté. La cité avait connu au cours de son histoire -pardon, de son Histoire- le joug d'hommes tyranniques, fanatiques, voire les deux à la fois, et les Bontariens préféraient garder à leur tête une personne à l'intellect limité mais que l'on pouvait critiquer ouvertement sans risquer de perdre des morceaux. Ou tout du moins des morceaux trop importants. Il était après tout normal pour un homme de venger son honneur bafoué, en coupant -comprendre: en faisant couper- la langue de l'importun par exemple, ce qui l'empêchait de recommencer sans pour autant lui ôter la vie. Toute opinion était toutefois respectée, tant que l'on était capable de présenter de solides arguments pour la défendre. De préférence des arguments de six pouces de large en acier trempé.

Loin de toutes ces considérations politico-historiques, le prince envisageait avec circonspection la possibilité de se lever de son divan pour se rendre dans une autre salle du palais moyennant un effort physique, faible au demeurant, mais qui ne serait toutefois pas compensé jusqu'au déjeuner. Absorbé par sa réflexion sur le pour et le contre de l'éventualité qui lui était offerte, il n'entendit pas le serviteur pousser la porte des appartements et ne perçu sa présence qu'une fois celui-ci arrivé devant lui.

- Sa Majesté le gouverneur vous demande de la rejoindre aux écuries pour une promenade à dos de Tabi.", Annonça-t-il.

Une promenade montée! Son père savait pourtant qu'il était aussi à l'aise sur un Tabi qu'un Tofu sur un Minotoror. Ca cachait probablement quelque chose.

- Je vous remercie. Je vais m'y rendre sur-le-champ.

Le valet s'inclina et ressortit sans bruit.

Toipaleuy poussa un soupir et franchit l'effort mental et physique lui permettant de se lever.

En descendant les escaliers de marbre, il poursuivit ses spéculations sur les origines de cette promenade inhabituelle. Une promenade. A tous les coups, elle aurait lieu en pleine nature. Toipaleuy n'avait encore jamais fait de promenade, mais il s'était renseigné, ce qui lui avait permis de se forger une opinion sans toutefois endurer de confrontation directe. Il n'avait rien contre la nature tant qu'elle restait figée sur les tableaux, ou même observée depuis les terrasses du palais, tel un arrière plan lointain. Mais la nature de près était remplie d'insectes et d'animaux divers, sans parler des possibilités quasi-infinies d'allergies qu'offraient les différents pollens répandus dans l'air.

Soudain, le prince, qui s'il ne compensait pas sa paresse par une intelligence fulgurante n'en était pas pour autant obtus, se figea entre deux marches. A tous les coups, c'était encore une histoire à propos de cette espèce de fille hyperactive que son père voulait le voir épouser.

Quel était son nom déjà? Saumon?... Ciment?... Sarment?...

***

La princesse Samant ressemblait beaucoup à l'idée que se font des pré-adolescents les personnes qui se flattent de n'avoir jamais eu treize ans -et qui défient ce faisant nombre des fondements de la biologie traditionnelle sans l'ombre d'un sourcillement- à ceci près qu'elle ne se prénommait pas Kévin.

Rebelle et boutonneuse, révolutionnaire modérée -mais pas trop quand même, elle restait l'héritière au trône d'une cité-, elle traversait une période de conflit ouvert avec ses parents, ainsi qu'avec le reste de la société en général.

Samant manifestait pour l'heure son mécontentement en écrasant d'un pied qu'elle voulait ferme et rebelle les pelouses noircies par les fumées du parc de Brakmar, sur lesquelles reposait bien évidemment l'écriteau universel: "Pelouse interdite.". Dans le même temps qu'elle foulait d'un talon rebelle l'autorité affichée d'une société dépassée, elle lançait aux alentours des regards (rebelles) défiant quiconque de venir lui reprocher sa conduite. Les princesses n'étant pas assujetties aux même devoirs que leurs sujets, personne, parmis le public assistant à la scène -composé essentiellement d'un petit garçon en train de s'explorer une narine-, ne trouva à redire à ses actes anarchistes.

Les princesses sont malgré tout soumises à certaines lois, notamment celle qui énonce: "Toute personne poursuivant une trajectoire rectiligne uniforme sur un plan qui ne l'est pas est condamnée, si elle ne regarde pas ou elle met les pieds, à se casser la figure.". Ce qui explique pourquoi elle se releva quelques secondes plus tard d'une façon qu'elle espérait digne tout en foudroyant d'un ½il sombre (et rebelle) le rocher qui avait eu l'outrecuidance de venir entraver sa démarche révolutionnaire.

Comme le rocher restait, malgré ses efforts, aussi placide que, disons, un morceau de granit de deux kilos cinq, elle s'en désintéressa bien vite. Tournant la tête, elle se rendit compte que l'enfant qui l'observait avait été remplacé par un valet qui s'inclina profondément tout en énonçant d'une voix monocorde:

-C'est l'heure de la promenade, et son Altesse le roi vous attend.".

Elle retrouva son père devant la porte Nord de Brakmar, et monta sur le Tabi noir qui l'attendait.

Tandis qu'elle montait en selle, son père lui reprocha distraitement:

-Tu pourrais faire attention aux pelouses. Le jardinier se donne un mal fou à les entretenir, tu sais."

Elle ouvrit la bouche pour lancer une réplique cinglante, mais comme aucune ne venait-elle se contenta de grommeler un "mgnrf" qu'elle espérait aussi cinglant que possible.

Le roi, descendant de la famille Souppeux, était un être omnubilé par les romans. Il croyait aux amours impossibles, aux chastes princesses et aux princes ténébreux.

Il était pour le moment persuadé que sa fille et Toipaleuy avaient eu un véritable coup de foudre au banquet organisé quelques mois auparavant durant lequel 'ils avaient échangé quelques mots -qui pouvaient par ailleurs se résumer à "Vous pouvez me passer le sel, s'il vous plaît?". C'est pourquoi il lança à Samant:

-Je me demande si nous allons rencontrer ce jeune prince de Bonta aujourd'hui.

C'était, vous l'aurez compris, une allusion discrète dont nous avons fait mention au début de l'histoire.

Il fallut à la princesse un certain temps pour comprendre de qui voulait parler son père -celui-ci mit son hésitation sur le compte de l'embarras de la jeune fille. Enfin, ne voyant rien d'intéressant -ni de rebelle- à dire, elle marmonna un vague "mouairf" tandis que son père souriait dans son dos d'un air qui se voulait bienveillant.

***

C'est dans les plaines de Cania que, par le plus grand des hasards, se rencontrèrent les quatre promeneurs.

Le prince Toipaleuy était très étonné. Non de la rencontre bien sûr, mais de la nature, qu'on lui avait décrite comme un lieu grouillant de créatures plus irritantes les unes que les autres, et qui se révélait à ses yeux comme un endroit fascinant peuplé de milliers de choses nouvelles qu'il ne demandait qu'à découvrir. Il en avait même oublié l'heure du déjeuner.

La princesse Samant, quant à elle, était en train de méditer un projet de fugue après avoir saisi le sens des allusions que son père n'avait cessé de faire pendant la ballade.

Tandis que chacun était à ses pensées, les deux dirigeants échangeaient quelques mots à voix haute sur le hasard qui faisait bien les choses, tout en clignant de l'½il comme s'ils cherchaient à s'envoler à la force de leurs paupières. Puis ils s'éloignèrent, non sans que le gouverneur ait lancé:

-Bon, eh bien on vous laisse tout seuls les enfants. Soyez sages."

C'est alors que Samant décida de mettre son plan à exécution.

-Toi le gros poussah, viens avec moi. J'ai besoin de toi pour qu'ils ne remarquent rien.", Murmura-t-elle à Toipaleuy qui semblait perdu dans ses réflexions.

Celui-ci ne releva pas l'insulte -qu'à vrai dire il n'avait pas vraiment comprise- et suivit docilement la princesse.

Au bout de quelques centaines de mètres, la jeune feca se retourna et lui dit d'un ton cinglant du plus bel effet:

-Tu pourras dire à mon père que je n'aie pas l'intention d'être mariée contre mon gré!

Et elle se lança au grand galop à travers les plaines en direction de l'Est, tandis que Toipaleuy la regardait d'un ½il rond s'éloigner à l'horizon. Une fois qu'elle eut disparut, il parût prendre une décision et s'éloigna au petit trot à la découverte du tout nouveau monde qui s'offrait à lui.

Les deux hommes, quant à eux, revenaient tranquillement, après avoir échafaudé quelques projets politiques, à l'endroit où ils avaient laissé leurs enfants.

-... une idée d'alliance très intéressante.", termina le gouverneur, "Mais... où sont passés ces chers petits?"
-Probablement cachés dans un coin à se murmurer des mots doux.", répondit le roi, "A cet âge là, je me souviens..."
-Sans doute, sans doute", le coupa Surlezenni avec un brin d'irritation dans la voix, "Mais où voyez-vous un coin où se cacher sur ces plaines?"
-Et bien, il y a derrière ce buisson là..."
-Celui d'où nous venons?"
-C'est ç..."

Un ange passa. Et salua le gouverneur au passage.

Le roi Souppeux était perdu. Voilà une situation qui n'entrait pas dans celles, classifiées, des romans qu'il connaissait. A moins que... Ses yeux se plissèrent.

-Vous l'avez faite enlever!"
-Quoi?" Surlezenni émergea de ses réflexions.
-Votre fils a enlevé ma fille! Ca ne se passera pas ainsi! Je vais vous envoyer...", il parut réfléchir, "mille vaisseaux!"
-Hum. Il n'y a pas beaucoup d'eau par ici.", Ne put s'empêcher de faire remarquer le gouverneur.
-Un détail secondaire."
-Vraiment?"
-Oui."

Un nouveau silence tomba. Ce fut le gouverneur qui le rompit.

-Hum. Vous étiez sérieux pour les mille vaisseaux, là?"
-Je le crains."
-Mince alors."
-Mille vaisseaux et un sacrifice pour les faire partir. C'est le tarif pour un enlèvement, vous voyez."
-Un sacrifice?"
-Pour changer le sens du vent."
-Logique, logique."

Comprenant qu'il n'arriverait pas à faire entendre raison à un tel homme, le gouverneur se résolut à mettre un terme à la discussion.

-Bon, eh bien, au revoir."
-Au revoir. Et je suis vraiment désolé.", Ajouta le roi.
-Pas autant que moi, je pense."
-Possible... au revoir."

Chacun partit de son côté.

Le lendemain, la guerre entre les deux cités était officiellement déclarée. Une guerre qui ne durerait pas dix ans mais bien plus.

Pendant ce temps, un jeune ecaflip et une feca rebelle se lançaient à la découverte du monde sans remord aucun.

Hymne de Bonta

Quand le vent souffle dans les branches,
Entendez vous cette clameur?
Oh, enfants de Bonta la blanche.
Ce sont les armées de malheur.

Écoutez la morne complainte,
qui s'élève depuis Brakmar.
Oh, enfants de Bonta la sainte.
C'est la cité du cauchemar.

Mais tous tomberont sous nos murs,
S'ils cherchent à nous porter atteinte.
Oh, enfant de Bonta la pure,
Allez en paix, soyez sans crainte,

Car tous les hommes qui seront con
-Vaincus que leur cause est la juste,
Oh, enfants de Bonta l'auguste,
Vaincront leur ennemis par millions.

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